Les notions d’ici et d’ailleurs résistent à toute définition générale : elles tiennent à ce qui a été vécu, donc à un point de vue singulier.
Qui décide de se tenir en un endroit devient, du même geste, absent de tous les autres. Cette condition élémentaire nous retire ce que nous ne traversons pas nous-mêmes : y être, y prendre part, et parfois jusqu’à le comprendre.
L’ailleurs, lui, reste étranger par construction : lointain, abstrait, souvent impossible à connaître. Y vivre, à distance de telle actualité politique ou sociale, relève moins de la géographie que de l’état intérieur. Et l’ailleurs est aussi, dans le même temps, une manière de faire de l’art.
L’écart ainsi mis au jour sépare ce que nous sommes seuls de ce que nous devenons auprès des autres : un, personne et cent mille, pour reprendre le titre d’un roman italien qui a pris l’identité multiple pour objet. Nul n’est le même devant lui-même, devant autrui et devant le monde.
D’où une urgence, plus vive encore dans la période que nous traversons : mesurer ce que vaut notre présence, moralement et socialement, en acceptant de se déplacer hors de soi et de franchir des frontières, qu’elles soient tracées sur une carte ou en nous.
Le point de départ de l’édition tient dans cette invitation : penser la façon dont on s’éloigne de soi et de sa propre réalité. Regarder au dehors suppose une responsabilité d’artiste, celle du « au-delà ». Éprouvé pour de vrai, l’ailleurs cesse d’être une idée et devient quelque chose qui se partage et se laisse contaminer. Il n’y a donc pas ici de thématique au sens strict, plutôt une occasion de penser ce que signifie sortir de ses limites. Faire œuvre, c’est se mettre soi-même en jeu.
Reste le désir dont l’édition se fait l’écho : renouer ces deux identités en les réunissant dans un seul espace. Le lieu retenu pour la rencontre, dont le nom évoque précisément ce qui ne dure pas, est à la fois lieu et non-lieu de la découverte. Et cette année-là, entre l’ici et l’ailleurs, il y avait Magàri.