Édition 2018 – L’ICI ET L’AILLEURS

Comment définir les notions d’ici et d’ailleurs si elles sont strictement liées à une expérience réelle, c’est-à-dire personnelle et subjective ?

Si je choisis d’être ici et pas ailleurs, ce choix d’être présent dans ce lieu me rend automatiquement absent d’un l’autre. Cette condition nécessaire nous oblige à nier la possibilité d’être, d’assister, de participer et, parfois, de connaître et comprendre ce que nous ne sommes pas en train d’expérimenter de façon directe.

L’ailleurs est, par définition, une réalité étrangère, éloignée, parfois inconnaissable et abstraite : l’être ailleurs, le vivre ailleurs, loin de certains événements politiques ou sociaux par exemple, se convertit en un état d’âme, une dimension émotive. Mais l’ailleurs est aussi une identité artistique.

Cette dichotomie souligne la différence naturelle entre notre être avec nous même, par rapport à notre réalité avec les autres : Uno, nessuno e centomila (Un, personne et cent mille) comme écrivait Pirandello. Chacun est différent en fonction s’il se trouve en relation avec lui-même, les autres ou le monde entier.

Il est nécessaire, d’autant plus dans ce moment historique, de prendre conscience de notre valeur morale et sociale, de notre présence en tant qu’êtres humains qui est interrogée, en se positionnant en dehors de soi, en sortant des frontières, réelles ou intérieures.

Cette volonté d’inviter le public à une réflexion sur les modalités de l’éloignement de soi et de notre réalité est notre point de départ. L’ouverture du regard vers l’extérieur passe à travers une responsabilité artistique d’aller “au delà”. En expérimentant de manière directe l’ailleurs, celui-ci peut se transformer en expérience concrète, donc ouverte à des contaminations et au partage avec les autres. Il n’est pas question ici de proposer une vraie thématique, mais plutôt une opportunité de réflexion, un point de vue sur ce qui, à notre avis, représente une sortie de ses propres frontières et de ses propres limites. Le geste artistique est une façon de se mettre en question.

L’édition de cette année se fait l’écho d’un désir de (re)trouver une connexion entre ces deux identités, en le rapprochant dans un seul lieu. Le Point Éphémère est l’espace choisi pour cette rencontre, comme son nom nous le raconte, il est au même temps lieu et non-lieu de notre découverte culturelle.

Et cette année, entre l’ici et l’ailleurs, il y a Magàri.